En deux années folles, Andrée a perdu son père, son mari et pour finir, son fils cadet. Prise dans le maelström de la maladie de ce dernier allant en s'aggravant, les deux premiers à partir se noyèrent en son esprit hébété en un gigantesque flou de gris, comme si ces deux morts n'avaient pas de réalité, comme si ce qui faisait son ordinaire chéri et rassurant : ses piliers, s'était mis de côté temporairement.
Elle y reviendrait plus tard, tout ceci n’était pas réel.
Et puis son fils est mort.
Ce second fils chéri.
D'une maladie dégueulasse, comme le sont toutes les maladies mortelles.
Le temps s'est arrêté.
Au propre et au figuré l'horloge a stoppé sa course.
A s'est reposée.
De cette période je n'ai que peu de souvenirs.
Un appel à son domicile pour une énième correction de dessins ensemble et soudain ce n'est pas Andrée qui répond. En fond sonore, un brouhaha indistinct de voix, je ne connais pas celle qui me répond mais les mots que je balbutie arriveront aux oreilles de Andrée et s'y inscriront en lettres de feu.
Pour être honnête, je n'ai rien dit de bien folichon, tant j'étais atterrée par cette fin annoncée mais tant redoutée. Quelques mots banals, de circonstance. Je ne sais toujours pas pourquoi Andrée les a revêtus d'une couleur chère à son cœur, les identifiant au sien ? mais voilà, elle m'aima.
De ce jour terrible, où une jeune étrangère appela, Andrée métamorphosa sa perte aigüe en un début d'amitié, une attention toute maternelle pour le petit prof, même pas encore certifié, qui effectuait son remplacement de maman en triple deuils.
Que ne l'ai-je plus aimé encore...
dimanche 8 juin 2014
Première rencontre
Andrée est apparu dans ma vie de trentenaire, lorsque je croyais encore que tout avait un nom bien poli. Que toute chose avait une place et un code d’accès pour y parvenir.
J’avais fait mes premiers pas dans l’éducation nationale, occupant le statut aujourd’hui disparu de « maître auxiliaire » et je promenais mes vacations au gré des besoins de l’institution. Croyant naïvement que les remplacements que l’on me proposait étaient en adéquation avec mes diplômes et mon cursus universitaire.
Notre rendez-vous était fixé, à sa demande, dans un troquet attenant à la mégapole hospitalière Saint Antoine, sur le boulevard du même nom.
Andrée est apparue comme un grand oiseau noir aux ailes déployées, noire des pieds à la tête, allumant clope sur clope (à cette époque il n’y avait pas de restriction sur le tabac dans les lieux publics), la voix rauque, toute à ce qu’elle venait de quitter. Je ne sais plus son premier regard sur moi, nous en avons parlé des années après, j’étais un peu larguée, apeurée (comme d’hab), impressionnée (toujours), avide de rencontrer celle dont je devais assurer la continuité haut la main.
Mais il y avait ce "pourquoi" je devais ma présence ce jour-là. Pour une enseignante qui n’était pas malade. Elle-même.
Son génial proviseur, monsieur D avait concocté une sauce pour contourner les arcanes rigides et inhumaines de l’administration afin qu’elle puisse assister son fils dans ses derniers jours de vie. Tout en étant payée via le statut « congé maladie ».
Voilà.
Andrée, engoncée dans des vêtements à la couleur de son désespoir résigné. Grande femme au regard aigu, aux idées claires, aux jugements nets ; qui ne pouvait plus s’en laisser compter, qui abordait tout comme si elle n’avait plus le temps pour parler avec des circonvolutions.
J’ai chopé ce jour-là ce que j’ai pu. N’osant pas demander de l’accompagner dans la chambre de son fils, où tant d’amour circulait. Étrangère muette dans mon empathie, maladroite et le sachant, pensant bien faire et le taisant, je suis repartie les cartons de dessins sous les bras, vers ce qui m’attendait.
J’avais fait mes premiers pas dans l’éducation nationale, occupant le statut aujourd’hui disparu de « maître auxiliaire » et je promenais mes vacations au gré des besoins de l’institution. Croyant naïvement que les remplacements que l’on me proposait étaient en adéquation avec mes diplômes et mon cursus universitaire.
Notre rendez-vous était fixé, à sa demande, dans un troquet attenant à la mégapole hospitalière Saint Antoine, sur le boulevard du même nom.
Andrée est apparue comme un grand oiseau noir aux ailes déployées, noire des pieds à la tête, allumant clope sur clope (à cette époque il n’y avait pas de restriction sur le tabac dans les lieux publics), la voix rauque, toute à ce qu’elle venait de quitter. Je ne sais plus son premier regard sur moi, nous en avons parlé des années après, j’étais un peu larguée, apeurée (comme d’hab), impressionnée (toujours), avide de rencontrer celle dont je devais assurer la continuité haut la main.
Mais il y avait ce "pourquoi" je devais ma présence ce jour-là. Pour une enseignante qui n’était pas malade. Elle-même.
Son génial proviseur, monsieur D avait concocté une sauce pour contourner les arcanes rigides et inhumaines de l’administration afin qu’elle puisse assister son fils dans ses derniers jours de vie. Tout en étant payée via le statut « congé maladie ».
Voilà.
Andrée, engoncée dans des vêtements à la couleur de son désespoir résigné. Grande femme au regard aigu, aux idées claires, aux jugements nets ; qui ne pouvait plus s’en laisser compter, qui abordait tout comme si elle n’avait plus le temps pour parler avec des circonvolutions.
J’ai chopé ce jour-là ce que j’ai pu. N’osant pas demander de l’accompagner dans la chambre de son fils, où tant d’amour circulait. Étrangère muette dans mon empathie, maladroite et le sachant, pensant bien faire et le taisant, je suis repartie les cartons de dessins sous les bras, vers ce qui m’attendait.
Long
Parler d'Andrée, comme ça, au débotté, est un exercice plus facile à faire à l'oral qu'à l'écrit. Je me vois parfois, quand l'occasion ou l'interlocuteur se présente, exprimer avec plus ou moins de facilité ce que je sais d'elle. J'ai conscience (ah...cette conscience) que ce que je souhaite faire ici, c'est à dire coucher sur "papier" la vie d'Andrée, ne sert qu'à moi, ne procurera aucun effet bénéfique sur personne, que cet exercice d'écriture est thérapeutique.
samedi 7 juin 2014
Opter pour "j'ai envie de..." plutôt que "il faut que..."
Me fiche quelque part de trouver une justification à démarrer un journal, qu'il soit lu de moi seule ou pas. J'écris pour déposer ici, endroit empli de silence, ce qui alimente ma rivière interne.
De manière à assécher celle-ci.
Un peu.
De manière à assécher celle-ci.
Un peu.
Inscription à :
Articles (Atom)