Un jour tu m’as confié ta préférence pour les roses jaunes, je ne sais plus d’où remontait cette passion, ni même si Walter y avait cédé durant toutes vos années de mariage ? Ce qui m’importait dans notre présent d’alors, c’est ce qui t’unissait à Francesco, ton fils aîné dont tu me parlais tant.
Ton amour des roses jaunes est
venu s’immiscer dans une conversation un jour où nous nous promenions dans ton
jardin de banlieue, ton jardin si propret et si aimé de toi. Tu constatais avec
amertume la tromperie du vendeur qui avait dû te jurer sur ses grands dieux que
le rosier qu’il te proposait était jaune pur, alors qu’une fois écloses les
roses jaunes se teintaient obstinément de rouge,
magenta ou vermillon, je ne sais plus, mais d’un rouge net et sans possible
dénégation de couleur.
A moi elles me plaisaient bien,
tes roses, mais en t’écoutant je compris confusément que cette couleur jaune
pur était vraiment à ton goût, te faisant considérer avec tristesse et déception
les roses bâtardes qui poussaient là, devant nos yeux.
Il est vrai qu’à ce moment-là, je
t’ai jugée capricieuse comme une douairière et t’ai proposé dans l'immédiat de déterrer l’indigne
rosier. Tu t’es récriée en arguant le prix qu’il avait coûté et puis à quoi bon,
il était là désormais.
Je t’ai jugé encore plus durement, trouvant là une preuve supplémentaire au caprice supposé.
Je t’ai jugé encore plus durement, trouvant là une preuve supplémentaire au caprice supposé.
Sans même établir de parallèle
avec mon propre goût pour les tulipes.
Jaunes.
Simples et jaunes.
Jaunes.
Simples et jaunes.
Ces roses jaunes, tes roses, chère Andrée, qui me parlent de toi à chaque fois qu’elles croisent mon chemin, caressant du velours de leur robe l'air alentour, clignant des pétales pour mieux faire leur coquette, établissant leur suprématie sans mot dire, comme des princesses, de vraies princesses.
Comme toi, Andrée.
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